Aikido traditionnel et transmission : quelques réflexions

dimanche 5 juillet 2009
par webmestre

Professeur d’aïkido, je contribue depuis 15 ans à former des enseignants et des uchis-deshis [1] dans le dojo d’Alain Peyrache. Parallèlement, comme professeur de lettres, j’ai enseigné la didactique du français dans un Institut Universitaire de Formation des Maîtres. Je forme aujourd’hui des enseignants dans l’académie de Grenoble et à l’étranger. Pour les aider à mettre en place des pratiques innovantes dans les écoles, collèges et lycées où j’interviens, je suis très souvent amené, sans forcément les en informer, à m’appuyer sur mon expérience de professeur d’aïkido traditionnel, aussi surprenant que cela puisse paraître. Les quelques lignes qui suivent tentent d’esquisser un parallèle entre ces deux mondes apparemment si éloignés l’un de l’autre.

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Après tant d’années de pratique, encore par terre !
Tomber sept fois, se relever huit...

On ne maîtrise vraiment que ce qu’on est capable d’enseigner

Le principe "on ne maîtrise vraiment que ce qu’on est capable de transmettre" est souvent compris à l’envers de sa signification. Tout enseignant honnête vis-à-vis de lui-même, et quel que soit le niveau du public auquel il s’adresse, est amené régulièrement à transmettre des notions ou des savoir-faire qu’il ne maîtrise a priori qu’incomplètement. Ce n’est qu’après avoir mené à bien ses séances qu’il domine son sujet.

Tout apprentissage implique un renoncement : quand j’apprends, je dois me séparer de l’état antérieur de mes connaissances ; et c’est parfois douloureux. Or, l’acte d’enseignement est, pour celui qui le pratique, le plus sérieux, le plus profond des apprentissages, parce qu’il oblige à remettre son savoir en cause : tous les professeurs le savent… C’est donc un chemin obligé. Il en est ainsi des élèves : que ce soit en français ou en aïkido, on doit les mettre en situation de transmettre à autrui ce qu’ils ignorent. L’expérience est très simple à faire : en fin de collège, séparez une classe en deux. Faites recevoir à la première moitié une leçon – sans doute, au bas mot, la dixième qu’ils entendront – sur telle ou telle question posant problème dans l’apprentissage de la langue. Demandez au second groupe, en s’aidant de manuels parmi lesquels ils auront à faire le tri, de rédiger une leçon et un ensemble d’exercices sur la même question. Evaluez ensuite tous les élèves : il y a fort à parier que le deuxième groupe obtiendra de bien meilleurs résultats... Pourquoi serait-ce différent sur un tatami ?

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Qui est l’élève qui est le maître ?
Là où sont les élèves, là est le maître.

La voie de l’aïki ne mène pas d’abord à la maîtrise de la technique. Ce serait tellement réducteur ! Elle mène simplement à soi. C’est donc un chemin qui n’a pas de fin. Les jalons sont, dès lors, forcément chimériques : les grades, les honneurs, les titres, (fût-ce d’Etat, question que je connais suffisamment pour avoir eu à en délivrer à différents niveaux), n’ont pas de sens ici. Il ne faut pas attendre de se "maîtriser soi-même" – quelle invraisemblable prétention ce serait ! – pour s’engager pleinement dans l’apprentissage, c’est-à-dire dans le tâtonnement, le doute, la restructuration de ses représentations, donc, en d’autres termes, la transmission.

Jacques Bazin

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Ukemi : la chute. Seule voie d’accès à la connaissance.
Une voie pour l’humilité.

[1] (traditionnellement, on appelle "uchi-deshi un apprenti qui vit à demeure dans le dojo du maître, un élève interne. Aujourd’hui, ce terme désigne les pratiquants qui s’engagent activement dans leur propre apprentissage et qui étudient l’ensemble des aspects de la vie d’un dojo)



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